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Commémoration

Il était une fois Toussaint LOUVERTURE

L'année 2003 amène la commémoration d'un événement survenu deux siècles plus tôt dans les montagnes jurassiennes de Franche-Comté. Il s'agissait de la disparition tragique, le 07 avril 1803, d'un noir en qui autant le Peuple d'Haïti qui gère depuis lors son héritage que le Peuple béninois d'où sont issus ses parents, reconnaîtront par la suite un héros.

Au-delà de ce premier cercle où il bénéficie d'affinités naturelles, et compte tenu de l'impulsion que son action a donnée à l'avancement de certaines causes supranationales, voire universelles, le sujet de cette commémoration ne peut laisser indifférents ceux qui s'alarment de l'institutionnalisation de l'esclavage, notamment sur la base ethnique, tout comme ceux qui défendent le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes face aux empires coloniaux.

Baptisé François Dominique TOUSSAINT à sa naissance dans l'esclavage, le 20 mai 1743, il sera affranchi vraisemblablement à 33 ans. Il apprit ensuite à lire et à écrire, puis réussit à se tailler une place relativement confortable dans le système sans faire parler de lui jusqu'à l'âge de 48 ans. En 1791, alors qu'il lui restait seulement 12 ans à vivre, il débuta une carrière politique. Il choisit d'abord de suivre Biassou.

Mal à l'aise dans son allégeance à Biassou, lui-même allié des espagnols, Toussaint LOUVERTURE découvrit l'erreur stratégique de conforter les intérêts espagnols qui le contraignaient lui et ses hommes à donner la chasse aux nègres marrons, pour les livrer ensuite aux colons espagnols esclavagistes. Il décida finalement de rompre avec Biassou et de se donner une période de réserve où il cessait de combattre les Français et d'entamer des contacts épistolaires avec Laveaux, le Gouverneur français de l'époque (1793 - 1794). Il s'attribua alors le surnom de L'ouverture sous lequel il est mieux connu à cette étape décisive de sa carrière politique, d'abord pour marquer la rupture avec son chef hiérarchique Biassou et aussi son engagement dans un compromis historique avec d'anciens adversaires qu'il combattait résolument jusque là, (les colons français).

Le 29 août 1793, le commissaire civil Sonthonax publia une proclamation, par laquelle il abolissait l'esclavage dans la province du Nord de Saint Domingue. Cette décision allait s'appliquer également dans l'Ouest et le Sud en septembre et octobre de la même année. Le pouvoir en Métropole était à l'époque détenu par les Montagnards. La plupart d'entre eux comme le groupe des brissotins étaient sensibles aux idées abolitionnistes. Sonthonax, membre tout comme Polvérel de la Société des Amis des Noirs, militait au sein des brissotins.

On retiendra qu'à la même date (29 août 1793), Toussaint rendit publique une note rédigée comme suit:

Au camp de Turel, le 29 août 1793

Frères et amis,

Je suis Toussaint Louverture, mon nom s'est peut-être fait connaître jusqu'à vous. J'ai entrepris la vengeance. Je veux que la liberté et l'égalité règnent à Saint Domingue. Je travaille à les faire exister.

Unissez-vous à nous, frères, et combattez avec nous pour la même cause...

Votre très humble et obéissant serviteur

Toussaint LOUVERTURE

Le Fort-de-Joux - Cliquez pour agrandir
Le Fort de Joux
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Son génie indiscutable l'amena à consolider la révolution sociale à Saint-Domingue qui deviendra Haïti au profit des anciens esclaves, à réaliser une révolution politique qui amènerait au faîte du pouvoir les sans-grades d'antan. La révolution nationale dont il fut le précurseur était en gestation quand se produisit son kidnapping en juin 1802 et sa déportation consécutive vers la France pour se voir incarcérer (8 mois durant) en tant que prisonnier politique dans une cellule du Fort de Joux.

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Cellule de Toussaint Louverture réaménagée

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Mémorial de Toussaint Louverture au pied du Fort de Joux
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Toussaint LOUVERTURE avait 60 ans quand, accablé par le froid, les privations, le diabète et la cécité, il rendit le dernier soupir.

La sève de l'arbre de la liberté des noirs, pour paraphraser un de ses propos célèbres, fit surgir Jean-Jacques DESSALINES, un officier du sérail, déjà bras droit du leader éliminé. Il s'imposera comme nouveau chef pour conduire l'armée des nouveaux et anciens libres vers la proclamation de l'indépendance le 1er janvier 1804.

Le signal fut ainsi donné pour les mouvements anticolonialistes d'Amérique Latine de passer à l'action. Bolivar (1783 - 1830) n'avait que 20 ans en 1803. Lui, comme d'autres se sont historiquement et stratégiquement inspirés de l'expérience haïtienne.

Toussaint LOUVERTURE fascine et inspire encore aujourd'hui. L'historien et cabarettiste St. Gallois Hans Fässler eut l'idée d'établir dans le cadre d'un spectacle une relation très opportune entre la mort de Toussaint LOUVERTURE, victime de Napoléon BONAPARTE en 1803, et l'acte de médiation par lequel ce même Napoléon remodelait la carte de la Suisse. Dans un cas un acte de malveillance, en porte-à-faux avec les idéaux de la Révolution française, dans l'autre un acte de bienveillance par lequel six nouveaux cantons, à côté des treize qui existaient formellement à l'époque, accédaient à une majeure autonomie. Il s'agissait pour lui de s'assurer la paix en Helvétie et d'obtenir de ce pays les soldats dont il avait besoin pour ses entreprises guerrières. Pour l'anecdote six cents suisses figuraient dans les forces expéditionnaires envoyées à Saint-Domingue en 1802, dans une tentative condamnée à l'échec pour rétablir l'esclavage.

Haïti paya cher son indépendance et sa position de pointe dans le combat contre l'esclavage dans les colonies. Pour l'histoire, il n'est pas dérisoire de situer à sa juste place l'apport de Toussaint LOUVERTURE et du pays qu'il avait façonné dans l'abolition définitive de l'esclavage et de la traite négrière.

Jeannot HILAIRE                                          18 mars 2003

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