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Hommage

Le 07 avril 2003, de Toussaint Louverture en Franche Comté (Fort de Joux).
Réhabilitation ou Promotion touristique?

La journée de commémoration du bicentenaire de la mort de Toussaint a été célébrée de manière exceptionnelle dans un cadre officiel franco-français. Le site où se déroulait l‘événement est propriété de la France. Si quelque chose de grandiose devait être fait pour atténuer le cynisme de ce qui s‘était passé en ces lieux deux siècles auparavant en rapport avec le personnage Toussaint Louverture, le pays de celui qui endossa la responsabilité de cette mort misérable ne pouvait pas s‘éclipser pour laisser jouer à un Etat étranger le rôle du grand chambellan.

Est-ce à dire qu‘il faille considérer ce geste politique de la part de la France comme une preuve d‘amitié et d‘intérêt pour Haïti?

La géopolitique et la conjoncture internationale expliquent bien certains comportements. Le Pays des droits de l‘homme, comme se plaisent à l‘appeler ses citoyens, a fini par reconnaître que l‘esclavage avec la traite négrière qu‘il pratiqua pendant des siècles était un crime contre l‘humanité. Reconnaître que Toussaint Louverture qui défendit avec acharnement le droit des Noirs et finalement de tout être humain à la liberté face à l‘esclavage colonial ne méritait pas le sort qui lui a été imposé par le Premier consul, fin produit de la Révolution française.

Il fallut finalement que l‘ancienne puissance coloniale prenne acte de l‘existence de l‘Etat d‘Haïti, en développant avec lui des relations normales d‘Etat à Etat. Seulement, dans le rapport des forces du XIXe siècle rompu au cynisme des détenteurs de la force, Haïti ne faisait pas le poids. Sa seule chance de survie résidait dans l‘antagonisme des puissances coloniales dans la défense de leurs intérêts, non sans devoir souvent passer à la caisse pour payer les pots cassés.

Un certain discours véhicule l‘idée que les relations entre l‘ancienne puissance coloniale et Haïti sont depuis longtemps très bonnes, voire amicales. Le sentimentalisme des Haïtiens confortent aussi cette idée. Certains représentants (officiels ou autres) de la France ont cultivé parfois une amitié réelle vis-à-vis de l‘un ou l‘autre secteur de la population haïtienne, il en va tout autrement du projet politique de leurs gouvernements.

En deux siècles de relations étatiques, jamais un Président, Chef de l‘Etat ou Premier ministre en exercice n‘a trouvé ni le temps, ni l‘opportunité de rendre visite à Haïti.

Les beaux discours n‘y changeront rien! Si les Haïtiens se débarrassaient de leur sentimentalisme atavique, s‘ils cessaient d‘attendre plus que de raison quelque chose des autres peuples, peut-être réussiraient-ils avec leurs propres moyens, en se serrant les dents et en faisant preuve d‘ingéniosité, à reconquérir leur droit à la dignité.

La région française de Franche Comté a bien perçu le profit qu‘elle peut tirer de l‘ex-bagnard opportunément réhabilité. A côté des politiques, nombre d‘entreprises de la région ont contribué à la commémoration du bicentenaire de Toussaint. Il n‘y a rien à dire sur la façon dont les choses ont été organisées par les héritiers de ceux par qui cette mort misérable advint. Ils ont mis le paquet! Là, entre propriétaires et dépositaires de la marque Toussaint Louverture, il y a pour le moins un intérêt commun. Les Francs-comtois en tirent déjà des bénéfices en termes de retombées touristiques pour le Château de Joux et la Franche Comté. Quant aux Haïtiens, n‘auraient-ils pas pris quelque retard dans la genèse d‘une source de revenus associée justement à cette valeur nationale?

Dans Toussaint Louverture, il y a ouverture. C‘est une vérité historique. Le politique visionnaire et créatif qu‘il fut aurait sûrement quelque amertume s‘il pouvait revenir constater les ravages de l‘ouverturicide dans la nouvelle société pour laquelle il épuisa l‘essentiel de son engagement politique.

Le Fort-de-Joux - Cliquez pour agrandir
Le Fort de Joux
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Finalement, la commémoration du bicentenaire de Toussaint Louverture aura un sens pour tous ceux qui s‘alarment de la répétition des occasions manquées par la société haïtienne et de la perpétuation complaisante d‘un conservatisme social sans issue.

28 avril 2003

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