Les assises des intellectuels d'Afrique et de la diaspora, tenues du 6 au 9 octobre à Dakar auront amené l'Union africaine à faire un pas important, celui d'avoir lancé le projet d'une «solidarité agissante» à l'égard de l'île d'Haïti.
Solidarité Africaine : Les regards tournés vers Haïti

10 octobre 2004 

La clôture de la première conférence des intellectuels d'Afrique et de la diaspora a permis de lancer un appel pour Haïti. Il s'agit d'une assistance humanitaire à apporter au premier pays noir indépendant au monde, ravagé il y a quelques semaines par les cyclones. Pour le ministre sénégalais des Affaires étrangères, il s'agit ainsi de rattraper l'absence des Africains au moment où la communauté internationale se mobilisait pour porter assistance au peuple haïtien.

La première série de manifestations, prévue de samedi à lundi, aura lieu à Gorée, d'où partirent pendant des siècles des millions d'esclaves vers les Amériques, a déclaré à l'AFP le directeur du patrimoine historique et ethnographique du Sénégal, Hamady Bocoum.

«Le cordon ombilical qui relie l'Afrique mère à sa diaspora nous rappelle l'obligation de solidarité agissante que nous avons à l'égard de Haïti, la première République noire indépendante», soutient Abdoulaye Wade. Ce projet de «Tous pour un bateau pour Haïti» pourrait être coordonné par l'Union africaine (Ua). Ainsi la conférence des intellectuels africains est arrivée comme pour sonner le réveil des consciences. Avant cette rencontre, note par ailleurs Me Wade, les chefs d'Etat africains pouvaient être considérés comme des chefs d'orchestre ayant perdu une feuille de leur symphonie. «A présent, cette feuille a été retrouvée, c'est la Diaspora», souligne-t-il, avec à ses côtés le président de la Commission de l'Ua, Alpha Oumar Konaré.

Pour Me Wade, «l'Afrique sans sa diaspora est une marche inachevée». C'est ce constat qui l'avait d'ailleurs poussé à proposer la Diaspora comme «sixième région de l'Union africaine». En accord avec le président de la commission de l'Ua, il souhaite que la deuxième conférence des intellectuels africains et de la diaspora se tienne dans un pays hors du continent africain, notamment au Brésil ou aux Etats-Unis qui sont les deuxième et troisième patries des Noirs.

Du côté de ces peuples, l'engagement semble fort. Au nom de la diaspora, Mme Shella Walker d'Haïti a souligné que «le voyage sans retour est devenu un voyage permanent et l'afro-pessimisme s'est mué en afro-optimisme». Des recommandations de la conférence de Dakar, on note entre autres, le nécessaire soutien à apporter aux instituts de recherches existants, l'actualisation de la pensée africaine, la promotion des centres pour le savoir local et les langues nationales, avec notamment la mise sur pied de l'académie africaine des langues. Aussi, les participants militent en faveur de la création d'un fonds spécial au service de la recherche et de la promotion de l'identité africaine. Mieux, ils proposent l'érection d'universités régionales africaines et l'élaboration de politique pour le développement de la science et de la technologie.

Mbagnick NGOM