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 Nous avons dormi
debout les pieds
dans la boue
Les précipitations de ces dernières 24 heures ne sont pas les plus importantes depuis le puissant séisme du 12 janvier, mais la durée des averses a transformé certains centres d'accueil en marres de boue, compliquant la situation des sinistrés qui vivent sous des tentes de fortunes. Le séisme qui a fait plus de 220.000 morts a aussi poussé 1,3 million d'Haïtiens à la rue.
Dans les abris provisoires, les sinistrés à l'épreuve des intempéries

21 mars 2010           
                                 

PORT-AU-PRINCE, 19 mars 2010 (AFP) - La pluie, tombée pendant plusieurs heures vendredi sur Port-au-Prince, a inondé certains centres d'hébergements et forcé des milliers de sinistrés à abandonner leurs abris provisoires, une situation qui illustre la menace qui pèse sur les survivants du séisme.

"Nous avons passé une nuit de cauchemar, dormant debout les pieds dans la boue, avec nos enfants dans les bras", raconte Fritznel Jean père de deux enfants vivant dans un centre pour sans-abri à Pétion-Ville, banlieue est de la capitale.

Les précipitations de ces dernières 24 heures ne sont pas les plus importantes depuis le puissant séisme du 12 janvier, mais la durée des averses a transformé certains centres d'accueil en marres de boue, compliquant la situation des sinistrés qui vivent sous des tentes de fortunes. Le séisme qui a fait plus de 220.000 morts a aussi poussé 1,3 million d'Haïtiens à la rue.

La vaste place du Champs de Mars proche du palais présidentiel, l'un des plus importants centres d'hébergement, est envahie par la boue. Les petites maisons sont engorgées d'eau et les espaces verts ont disparu sous la gadoue. "Ma tente n'a pas résisté à la pluie, la bâche qui servait de toit a cédé au cours de la nuit", explique Lalanne Jean-Louis, mère de trois enfants dont un bébé de 15 mois.

"J'ai été hébergée par un voisin pour protéger mon enfant. Je ne pourrai pas continuer dans ces conditions là", ajoute-t-elle, attristée. Dans le centre d'hébergement de Sainte-Thérèse, érigé sur un terrain de football en terre battue, plusieurs abris ont été inondés et leurs occupants forcés à trouver refuge chez des voisins plus fortunés abrités sous de vraies tentes.

"Les tentes que les Blancs ont donné résistent aux intempéries, pas les nôtres faites de morceaux de tissus et de poteaux en bois", constate Jonas Gué responsable d'un comité de sinistrés à l'"Impasse New-York", quartier du centre d'hébergement, identifié comme d'autres au nom d'une grande ville nord américaine où certains Haïtiens rêvent de se rendre un jour.

Dans la perspective de nouvelles averses, les femmes et les hommes s'affairaient vendredi a creuser des rigoles entre les cases pour laisser passer l'eau de pluie.

"S'il devait continuer à pleuvoir nous aurions plus de difficultés, mais nous n'avons nulle part où aller. Le gouvernement doit faire quelque chose vite", supplie une femme. Les enfants, insouciants, continuent de jouer. Les garçons jouent aux billes dans la boue et les filles traînent dans un espace insalubre à côté de latrines qui débordent.

"Ils (les responsables) devraient mettre une école ici pour les enfants qui s'amusent à jouer pour de l'argent au lieu d'apprendre à lire", se plaint le responsable du comité de sinistrés, réclamant des tentes et de la nourriture pour les plus de 3.000 personnes qui vivent dans ce centre d'hébergement.

Le bureau de l'ONU pour les affaires humanitaires (OCHA) a identifié plus de 20 sites très vulnérables aux inondations au cours de la saison de pluie attendue le mois prochain en Haïti.

"Nous travaillons sans relâche à la distribution de bâches en plastique et de tentes afin que les sinistrés puissent protéger leur famille et leurs biens", a annoncé France Hurtubise, porte-parole de OCHA.

À ce jour, les agences humanitaires engagées dans la fourniture de matériel d'urgence pour abris ont aidé 914.000 personnes, soit près des trois-quarts des quelque 1,3 million de personne privées de toit par la catastrophe.