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L'Haïtienne Nadine Perrault, responsable à l’Unicef de la protection des enfants dans la région, témoigne de la difficulté à regrouper les familles alors que les trafiquants sont à l’œuvre.
Les Haïtiens recherchent toujours leurs enfants

6 février 2010           
                                 

Basée au Panama, l'Haïtienne Nadine Perrault est responsable pour l’Unicef (l’agence des Nations unies consacrée à l’enfance) de la protection des enfants pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Dès le 14 janvier, soit deux jours après le séisme qui a ravagé la capitale d’Haïti, elle était présente à Port-au-Prince. De passage à Paris après quinze jours très éprouvants passés sur place, elle a témoigné devant la presse de la difficulté à identifier puis réunir les enfants séparés de leurs familles.

les enfants séparés de leurs familles

« Quand le séisme a frappé la ville, les parents étaient au travail. Ils étaient logiquement séparés de leurs enfants. Ceux-ci n’ont pas compris ce qui se passait. Ils ont couru dans tous les sens. Ils se sont retrouvés très loin de chez eux », raconte-t-elle d’une voix calme et posée. « Les enfants souffrent de troubles psychologiques graves. Certains ne se souviennent pas de leur nom. D’autres ne savent pas dire où ils habitaient », ajoute-elle. L’identification des enfants qui ne savent pas encore s’exprimer correctement est un véritable défi pour les équipes de l’Unicef. À la frontière de la République dominicaine, dans le petit hôpital délabré de la ville de Jimani, des hélicoptères ont déposé de nombreux nourrissons. « Les bébés sont arrivés seuls sans aucune identification. On les a appelés Jeanne 1 (pour un mois), Jeanne 2, Marie 1, Marie 2… », détaille Nadine Perrault.

Les petits coupés de leur famille se mêlent aux gamins des rues, qui proliféraient dans la capitale avant le tremblement de terre, et aux « Restavec », ces enfants esclaves utilisés comme des domestiques dans des familles qui ne sont pas les leurs. « J’ai croisé une petite fille qui avait plusieurs fractures. Elle était sortie acheter de l’eau pour ses employeurs lorsque la terre a tremblé. Lorsque ceux-ci l’ont vue revenir en sang, ils l’ont laissée à son sort dans la rue. Heureusement, elle a eu la présence d’esprit de héler une voiture de l’ONU qui passait devant elle », se souvient l’employée de l’Unicef. « Beaucoup de parents recherchent et continuent de rechercher leurs enfants. J’ai des amis qui ne savent pas si leurs enfants sont morts, s’ils sont blessés, s’ils ont été évacués en avion ou en bateau », confie Nadine Perrault.

L’Unicef souffre d’un manque de moyens

L’Unicef souffre d’un manque de moyens criant. Ses partenaires locaux ont été décimés. L’édifice de la police qui abrite les effectifs de la brigade des mineurs s’est effondré au moment de la relève, faisant de très nombreuses victimes parmi ceux qui avaient fini leur journée de travail et ceux qui allaient la commencer. Tant bien que mal et malgré de gros problèmes de communication, l’Unicef mène des évaluations dans 161 orphelinats où étaient accueillis 747 enfants. Officiellement, 347 centres d’accueil étaient enregistrés par l’Institut du bien-être social (IBES), l’organisme qui gère les adoptions sur l’île. « Mais il existait de nombreux centres clandestins… », s’inquiète Nadine Perrault.

Cette confusion profite aux trafiquants d’enfants. Un phénomène qui existait déjà avant le séisme. Il était fréquent de retrouver des enfants haïtiens employés dans les plantations de canne à sucre de l’autre côté de la frontière. « Déjà, en 2002, 2 000 enfants avaient traversé la frontière », rappelle-t-elle. Face à des « contrôles faibles » et à une « politique du laisser-faire », l’Unicef avait mené, en 2009, une mission du côté haïtien de la frontière. Une opération identique avait été programmée du côté de la République dominicaine pour le 20 janvier 2010. Huit jours avant le séisme.

Damien Roustel