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Malgré la crise humanitaire, aggravée par les violences des deux derniers mois, les bailleurs de fonds tardent à se mobiliser pour Haïti. Quelques jours après le départ du président Jean-Bertrand Aristide, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a lancé un appel pour obtenir 35 millions de dollars d’aide d’urgence. Jeudi 25 mars, les sommes recueillies ne s’élevaient qu’à 5,8 millions de dollars. Il y a dix ans, lors de la précédente intervention internationale, le montant des projets qui accompagnaient les troupes américaines se chiffrait en centaines de millions.
La prudence a caractérisé la réunion des bailleurs de fonds, bilatéraux et multilatéraux, qui s’est tenue à Washington, mardi, à l’invitation de la Banque mondiale. "Le vide institutionnel fait un peu peur. Il n’y a pas de Parlement pour ratifier les projets, et les nouvelles autorités ont été mises en place en marge de la Constitution. En outre, Haïti a accumulé des arriérés avec les différents bailleurs de fonds", souligne l’un des participants à cette réunion. Seule la Banque interaméricaine de développement (BID) avait timidement repris ses activités à l’été 2003, après l’extradition vers les Etats-Unis d’un important trafiquant de drogue, Beaudoin Jacques Kétant, et le remboursement de 31 millions de dollars d’arriérés. Mais la Banque mondiale s’était complètement désengagée.
Un fonds spécial pourrait permettre de débloquer rapidement jusqu’à 10 dollars par habitant, soit environ 80 millions de dollars, sous forme de dons. Pour y avoir accès, il faut qu’il y ait eu des déplacements de population. "Cela n’a pas été le cas. Il faudrait que le conseil de la Banque mondiale accepte une dérogation", souligne un fonctionnaire international.
LE "MODÈLE AFGHAN"
La semaine prochaine, une délégation du Fonds monétaire international se rendra en Haïti pour évaluer la situation monétaire et budgétaire, catastrophique selon le porte-parole du gouvernement, Robert Ulysse. Une réunion est prévue le 14 avril, à Port-au-Prince, entre le gouvernement et les bailleurs de fonds, pour élaborer un programme d’urgence.
Les experts de la Banque mondiale penchent pour le "modèle afghan". Après l’urgence humanitaire et le rétablissement d’un minimum de sécurité viendront la reconstruction des réseaux électrique et d’eau potable et la réactivation de l’économie grâce à des chantiers à forte densité en main-d’œuvre. Une mission de la Banque mondiale et de la BID devrait se rendre en Haïti en juin pour faire un état des lieux.
"On ignore le nombre de morts, le montant des pertes provoquées par les pillages et les destructions d’agences bancaires, de stations-service et de commerces ainsi que l’impact de la crise sur la production agricole", explique un expert. Il faudra attendre la fin juin pour que les bailleurs de fonds, réunis en "groupe consultatif", annoncent les sommes mises à disposition. D’ici là, le gouvernement provisoire, qui a trouvé les caisses vides, devra chercher de quoi payer les fonctionnaires et fournir un peu d’électricité.
Jean-Michel Caroit
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