Cliquez pour agrandir
screen.availWidth-50){w=screen.availWidth-50;s=1;};if(h>screen.availHeight-50){h=screen.availHeight-50;s=1;};o='toolbar=0,location=0,directories=0,status=0,menubar=0,resizable=1,scrollbars='+s+',width='+w+',height='+h;if(s){o+=',top=10,left=10'};wd=window.open('','',o);wd.document.write('devillepin_dominique
Le ministre Français des affaires étrangères, en appelle à la solidarité internationale en faveur d'Haïti
Haïti, le devoir de solidarité

19 mars 2004



LE FIGARO -- Une fois encore dans sa longue histoire, Haïti connaît l’épreuve. La France veut agir à ses côtés car Haïti, qui est aux portes de nos départements d’outre-mer, qui partage notre langue et nous est lié par une histoire commune, a besoin de notre aide et de notre soutien. Ce pays est riche de talents et de promesses, mais il demeure depuis trop longtemps une terre de sous-développement et de misère. Face à cette crise, nous avons un devoir de solidarité. Et c’est la raison pour laquelle la France se mobilise.

A quoi avons-nous assisté ces derniers mois en Haïti ? D’abord, les autorités politiques ont remis en cause, dans l’exercice de leur pouvoir, la plupart des libertés démocratiques. L’assemblée législative qui achevait son mandat le 12 janvier 2004 n’a pas été renouvelée. Dans le même temps, les responsables haïtiens, au lieu de créer les conditions de sécurité nécessaires à l’organisation d’élections, armaient leurs partisans pour faire régner la terreur. Le pouvoir judiciaire était mis sous tutelle, la police nationale empêchée de mener sa mission.

Ce constat, nous n’avons pas été les seuls à le faire. Dans son rapport sur la situation en Haïti, le secrétaire général de l’OEA, Cesar Gaviria, notait l’absence de suivi par le gouvernement des mesures proposées par la communauté internationale pour assurer la sécurité du processus politique et électoral. Au même moment, à l’issue d’une mission pour le compte de la Commission des droits de l’homme, le magistrat français Louis Joinet constatait qu’en Haïti « l’état d’impunité se substitue toujours plus à l’Etat de droit ».

Comment s’étonner alors que ces méthodes aient conduit au blocage de tout dialogue politique ? Le pays entier s’est trouvé, depuis le début de cette année, en proie au chaos, aux pillages, à la désolation. L’escalade de la violence menaçait d’échapper à tout contrôle. L’ensemble de la communauté internationale était concerné. Il était de son devoir de mettre le président Aristide face à ses responsabilités.

C’est bien cet objectif qui a inspiré l’action de la France. Notre pays s’est voulu fidèle à une double exigence : s’en tenir à la légalité internationale, affirmée notamment dans la charte des Nations unies et dans celle de l’Organisation des Etats américains, et prendre en compte la réalité d’un engrenage qui conduisait à la guerre civile. Face au chaos, nous avons appelé au dialogue entre toutes les parties haïtiennes, avant de proposer, devant la menace d’une crise humanitaire, l’envoi d’une force de paix internationale. Devant l’impasse, nous avons demandé aux autorités de Haïti de tirer les conséquences de la situation qu’elles avaient elles-mêmes créée. Cet appel n’a pas été vain : M. Aristide a annoncé sa démission le 29 février et, conformément à la Constitution du pays, le président de la Cour de cassation a été désigné et investi comme président intérimaire. Le droit était ainsi respecté et la voie ouverte pour une transition réellement démocratique.

Aujourd’hui, nous devons soutenir le processus politique qui s’est mis en place. Conformément au plan proposé par la Caricom, un comité de sages a désigné un nouveau premier ministre, M. Gérard Latortue ; cette nomination a été accueillie avec satisfaction dans l’ensemble du pays. La communauté internationale doit maintenant conforter le gouvernement d’union nationale en voie de se constituer. C’est tout le sens de la résolution 1529 adoptée, le jour du départ de l’ancien président Aristide, par le Conseil de sécurité des Nations unies. Cette décision engage tous les membres de la communauté internationale à contribuer au retour à la paix en Haïti. En particulier, les pays qui accueillent M. Aristide doivent veiller au strict respect du devoir de réserve par l’ancien président haïtien.

Nous devons aller plus loin pour éviter que ne se répètent les erreurs du passé qui ont tant coûté à Haïti. Aujourd’hui, les Nations unies doivent agir avec une vision à long terme de l’avenir de la République haïtienne. Ce n’est qu’en prenant en compte les problèmes de fond de ce pays que nous pourrons asseoir un développement économique et social durable et doter Haïti d’un système politique solide et accepté par tous.

Aidons le peuple haïtien à retrouver le chemin de la confiance. Il faudra du temps, de la patience et, surtout, du respect pour permettre l’émergence d’une vie politique apaisée et tolérante. A cette fin, nous devons encourager les forces politiques haïtiennes à se mettre d’accord sur un calendrier électoral crédible prenant en compte la situation sur le terrain et la nécessité d’une vraie réconciliation.

Dès à présent, la communauté internationale doit soutenir le processus politique en matière de sécurité, de justice et de développement.

Le rétablissement de la sécurité est une priorité. Lui seul permettra le retour à une activité normale dans le pays. Le Conseil de sécurité a décidé, dans le cadre de la résolution 1529, l’envoi d’une force multinationale à titre intérimaire pour ramener la sécurité et l’ordre. Cette force achève son déploiement ; la France y participe à hauteur de près de 800 hommes. Cette première intervention fera place, d’ici à trois mois, à une force de stabilisation des Nations unies chargée de créer les conditions d’une sécurité durable. La France est prête à prendre sa part aussi dans cette future force, avec un double objectif : aider d’abord la police haïtienne à retrouver autorité et crédibilité à travers l’assistance technique et la fourniture d’équipements indispensables ; contribuer ensuite au désarmement des bandes armées. La force des Nations unies devra mener une action persévérante dans ce domaine, en appui aux autorités haïtiennes.

Le retour de la justice constitue la deuxième priorité pour l’avenir d’Haïti. Cela suppose de ne pas accepter l’impunité pour les responsables des exactions passées et leurs commanditaires. La surveillance rigoureuse du respect des droits de l’homme s’impose sans délai, en coordination avec la Commission des droits de l’homme de Genève qui doit ouvrir rapidement un bureau en Haïti. Parallèlement, la communauté internationale doit veiller à l’instauration d’une autorité judiciaire forte, compétente et indépendante. Une justice à nouveau crédible est indispensable pour rendre confiance au peuple haïtien.

Nous devons enfin relever le défi du développement économique et social à travers des programmes d’aide à long terme pour combattre la pauvreté et le sous-développement. Pour cela, il nous faut mobiliser tous les acteurs de la communauté internationale, des Etats aux bailleurs de fonds et aux institutions financières internationales, autour d’une stratégie cohérente et capable de prendre en compte l’ensemble des dimensions de la question haïtienne. Cela doit passer par une conférence internationale susceptible de rassembler toutes les bonnes volontés. Cela impliquera sans doute aussi la constitution d’un groupe de contact sur Haïti, composé des pays et organisations « amis », pour susciter l’effort à long terme indispensable au développement du pays.

Tels sont les défis que nous devons relever si nous voulons aider Haïti à sortir de la crise. La France, pour sa part, y est prête avec le souci de faire prévaloir une double exigence de solidarité et de dialogue.

Aujourd’hui, en Haïti, une page a été tournée ; il nous faut à présent aider ce pays à écrire un nouveau chapitre de son histoire. Nous devons tous nous rassembler pour assurer le redressement du pays dans la paix, la démocratie et la stabilité. Les Haïtiens n’ont que trop souffert. L’heure est à la mobilisation, à la réconciliation, à la reconstruction. Nous avons ensemble le devoir de réussir.

M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, Ministre des Affaires étrangères.

>