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Les casernes des soldats de la force de l'ONU sont prises d'assaut par la population à l'annonce d'une distribution d'eau aux Gonaives
L'errance d'une jeune rescapée - Angie, miraculée des Gonaïves, a perdu toute sa famille • Zoom sur une des 160.000 sinistrés que compterait le pays, selon son Premier ministre •

24 septembre 2004 

SAINT-MARC - En quelques heures, Angie Dolin, 24 ans, a tout perdu: ses deux frères, sa mère, une tante et deux cousines ont péri noyés dans la maison de bois où ils habitaient à Gonaïves, dans le nord d'Haïti, où plusieurs centaines de personnes sont mortes après le passage de la tempête Jeanne.

C'est le voisin qui a trouvé les cadavres qui lui a appris la nouvelle alors qu'elle revenait chez elle, au numéro 6 du Chemin des Dattes. Elle s'était absentée pour rendre visite à une amie non loin de là, mais avait été surprise par la force de la pluie et s'était réfugiée chez une tante en attendant une accalmie.

La jeune femme n'a pas eu le courage d'aller jusqu'à la maison, de toute façon emportée par la rivière qui a dévasté ce quartier populaire. Sans trop savoir où elle allait, elle est montée dans un camion qui l'a déposée à Saint-Marc, une petite ville située entre Gonaïves et la capitale, Port-au-Prince. Là, elle a été recueillie par un couple d'une cinquantaine d'années qui tient une échoppe dans la rue principale. Ils lui ont proposé de rester vivre avec eux.

«Quand on l'a vue arriver, toute sale, les cheveux en bataille, on lui a proposé de rester ici, mais elle ne veut pas, je ne sais pas ce qu'elle va devenir. J'ai peur qu'on abuse d'elle.» Denise Durand est bouleversée par le destin de la jeune femme, son mari est encore plus pessimiste. «Seule, sans aucune protection, elle ne s'en sortira pas, prédit-il. Elle est complètement déboussolée.»

«Je n'ai rien»
Angie veut continuer son parcours, vers où? «Je ne sais pas, je ne sais pas. Je veux aller le plus loin possible», confie-t-elle en contenant des sanglots. Sa fuite en avant, pour s'éloigner de Gonaïves, où elle ne veut plus retourner, doit la conduire à Port-au-Prince, à la recherche d'une vague connaissance. Quand elle aura repris des forces.

Elle n'a plus de famille. Même la tante chez qui elle s'est abritée pendant le déluge est morte noyée, vient-elle d'apprendre. Le visage fermé, le regard fuyant, tourmentée au point de ne pas pouvoir adopter une position confortable, Angie se laisse finalement aller: «J'ai tout perdu, je n'ai rien», dit-elle au bord des larmes en tirant sur le short rouge qu'elle portait le jour du drame.

Cosmétiques
Un T-shirt, des sandales usées, deux boucles d'oreille et une bague. C'est tout ce qu'il lui reste. Cette jeune femme toute ronde, les cheveux courts, se projette vaguement dans l'avenir. Elle veut travailler dans les cosmétiques, dit-elle sans conviction. Elle secoue la tête, à bout, évite les regards compatissants qui se posent sur elle, puis elle se lève pour faire quelques pas. Elle jette un regard à une voiture de la Croix-Rouge, couverte de boue, garée devant un hôtel, revient s'asseoir devant l'échoppe et plante à nouveau son regard dans le sol, en se prenant la tête à deux mains.