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Réflexions et débats à Yaoundé à l’occasion du bicentenaire de la 1ère République noire.
“Haïti, première République Noire : le regard de l’Afrique contemporaine ”. C’est le thème du colloque qui se tient à Yaoundé, du mardi19 au vendredi 22 avril. Une conférence de presse avait lieu en fin de semaine dernière dans un hôtel de la capitale pour lancer cette manifestation, en présence notamment des professeurs André Ntonfo de l’Université de Yaoundé I, Charles Binam Bikoi, secrétaire exécutif du Certodola, Charly Gabriel Mbock de Most-Unesco, Marcelline Nnomo du ministère de l’Enseignement supérieur, tous membres du Comité scientifique du colloque. La conférence de presse était présidée par le Pr. Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur.
En guise de préambule, le Pr. Ntonfo a expliqué le choix du thème de la rencontre : “ Le regard contemporain de l’Afrique sur la première République Noire était un manque. Or, connaître son histoire aurait peut-être guidé les autres pays d’Afrique à mieux entrevoir leur après indépendance. Au contraire, constate-t-il, son histoire a plutôt été mise entre parenthèses pour ne pas dire à l’écart. Puisse le colloque qui s’annonce permettre de mieux connaître Haïti et son histoire ”.
Après quoi le représentant de l’Unesco, Bernard Hadjaj, a rappelé que “ ce colloque se situe dans la foulée de l’exposition organisée en 2004 par le ministère de la Culture à Yaoundé. L’idée du colloque a mûri par les échanges notamment avec le professeur André Ntonfo, spécialiste de l’histoire de Haïti et moi-même qui suis Haïtien d’adoption puisque j’ai passé neuf ans de ma vie dans ce pays, une terre de déchirures et de bonheur. Mais également avec les membres du Comité scientifique ”. Et de poser la question qui brûlait alors toutes les lèvres : “ Pourquoi l’Afrique s’intéresserait-elle à Haïti ? D’abord parce que les blessures sont partagées des deux côtés de l’Atlantique. C’est aussi l’exemplarité de St-Domingue, la victoire des esclaves sur les colons, la personnalité de Toussaint Louverture. Enfin, le Cameroun, en organisant ce colloque s’inscrit dans les décisions de l’Union africaine qui encourage la dispora à prendre sa part de construction dans le développement. ”
Plusieurs regards
Quant au professeur Jacques Fame Ndongo qui a commencé par citer le propos du directeur général de l’Unesco, M. Koichiro Matsuura “ Universaliser la prise de conscience de la tragédie de la Traite négrière et de l’esclavage est donc une exigence qui concerne non seulement le passé, mais aussi le présent et l’avenir. Son importance pédagogique, éthique et civique peut être considérable si nous savons lui accorder une juste attention. C’est pourquoi j’en appelle à une participation renforcée de la société civile dans son ensemble comme des secteurs public et privé dans tous les Etats membres, afin qu’ils prennent, chacun à leur manière, une part active dans la célébration de cette année 2004 ”. Mais c’est incontestablement dans le traditionnel jeu des questions et réponses que M. Fame Ndongo a fait sensation répondant par exemple à la question de Suzanne Kala-Lobè qui demandait si le problème de Haiti n’est pas celui d’une république qui n’a pas préparé son indépendance du fait d’une absence de stratégie. “ Le problème de Haïti, c’est celui de la dépossession de la conscience. Une dépossession qui fait que nous devenons des zombies, des êtres sans âme. Haïti nous donne l’occasion d’une expérience in vivo avec plusieurs regards différents. C’est une expérience unique dans l’histoire du peuple Noir ”. Mais, renchérit Charly Gabriel Mbock, “ une notion de regards qu’il faut nécessairement réactualiser ”, alors que Charles Binam Bikoi interroge la psychanalyse : “ L’humilié peut-il parler de l’humiliation ? Le pauvre peut-il parler de pauvreté ? C’est à cela que revient la problématique de Haiti par rapport à l’Afrique ”.
La conférence de presse a donné le ton. Le colloque qui se tient du 19 au 22 avril à Yaoundé sur “ Haïti, première République noire : Le regard de l’Afrique contemporaine ” s’annonce déjà passionnant.
Par Jean-Célestin EDJANGUE
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