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Dans les rues de Bangui, les Centrafricains sont unanimes à demander le départ rapide du président haïtien déchu Jean Bertrand Aristide, accueilli depuis lundi à Bangui et dont le séjour, prévu pour n’être qu’une étape, se prolonge.
"Pourquoi les autorités continuent-elles à garder M. Aristide et à se plaindre de ses comportements ? Il doit partir au plus vite", estime Antoine, chauffeur de taxi, en référence aux accusations d’enlèvement que multiplie le président déchu, embarrassant ses hôtes.
Plusieurs partis de l’opposition centrafricaine se sont déjà prononcés contre l’accueil de M. Aristide, et la population, traumatisée par 25 ans de mutineries et de rébellions politico-militaires ayant laissé le pays exsangue, craint que sa présence ne provoque de nouvelles divisions dans le pays.
Son séjour qui s’éternise "commence à susciter des réactions de part et d’autre, qui peuvent créer des dissensions inutiles", craint Adrienne, une employée de banque.
"Ces dissensions vont encore nous entraîner dans des querelles qui vont à leur tour réveiller les démons de la division. Il faut qu’il parte au plus vite", affirme-t-elle.
De nombreux Banguissois interrogés par l’AFP rappellent que le pays, dont la situation économique est catastrophique, où les fonctionnaires n’ont pas été payés depuis quatre mois et où les étudiants ne perçoivent plus leurs bourses, a bien d’autres problèmes à gérer que l’hébergement d’un "ancien dictateur".
"Ils sont logés au Palais présidentiel, lui, son épouse, son beau-frère, et deux éléments de sa garde, pas dans un hôtel. Qui les nourrit ?", s’interroge une commerçante.
"N’est-ce pas la présidence, aux frais de l’Etat ? Alors que les fonctionnaires souffrent, qu’il n’y a pas d’argent et que nous n’arrivons pas à vendre nos produits ? Qu’il parte !", s’indigne-t-elle.
"Si nous avons pris la décision de chasser Patassé (Ange-Félix, l’ex-chef de l’Etat, renversé le 15 mars 2003, ndlr), c’était une manière de nous opposer à la dictature et aux dictateurs", affirme Justin, responsable d’un cyber-café.
Et les éventuelles pressions de la communauté internationale ou la promesse d’une aide financière, dont de nombreux observateurs pensent qu’elles ont pu achever de convaincre la Centrafrique, qui dépend quasi-exclusivement des bailleurs de fonds, n’y changent rien.
"Même s’il y avait une pression des puissances étrangères, les autorités devaient refuser d’accueillir Aristide. Nous pensons qu’il est temps de le laisser partir là où il veut", poursuit Justin.
"Ce n’est pas parce que nous pourrions prétendre à une quelconque aide des puissances étrangères que nous devons vendre notre âme, et nous plier au point de composer avec le diable", renchérit Jean-Paul, cadre de la fonction publique.
"Aristide doit partir, c’est tout. C’est un dictateur, un criminel que nous ne pouvons pas garder chez nous. Il ternit l’image de la Centrafrique", affirme-t-il.
Paterne, un enseignant, s’interroge lui aussi : "Pourquoi nous nous tuons à faire d’Aristide un prince, alors qu’il a fait du tort à son peuple ?"
"Il n’a rien à faire ici, sa présence nous choque", conclut-il.
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