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Le Président dominicain innocente les dirigeants haïtiens et attribue les incidents enregistrés à un "petit groupe d’individus" ; Fernàndez s’est également opposé à un projet de manifestations de masse en sa faveur à son retour samedi à Santo Domingo afin d’éviter "un réveil des sentiments anti-haïtiens".
Leonel Fernàndez se prononce pour la première fois sur les violentes manifestations

17 décembre 2005           

Le Président dominicain Leonel Fernàndez a regagné Santo Domingo samedi à l’issue d’une tournée en trois étapes dont la première, Port-au-Prince, a été de loin la plus mouvementée et la plus dommageable à son image de chef d’Etat. A son arrivée à la base aérienne de San Isidro, M. Fernàndez qui s’exprimait pour la première fois sur ce qu’il avait vécu lundi dernier a écarté toute responsabilité du gouvernement Alexandre/Latortue dans les violences enregistrées lors de son passage dans la capitale haïtienne en réaction à la politique migratoire discriminatoire de son pays vis-à-vis des haïtiens.

Pour Fernàndez, contraint à un départ en catastrophe après que son véhicule officiel eut essuyé des jets de pierres dans les rues de Port-au-Prince, les incidents ont été provoqués par un groupe très réduit qui ne représente pas l’expression du peuple haïtien. Il précise qu’il était venu en Haïti "avec un message orienté vers la solidarité, apporter un soutien moral aux prochaines élections dans une perspective de construction démocratique en Haïti qui, dans le même temps, correspond aux intérêts nationaux de la République Dominicaine".

Le Président dominicain affirme trouvé, au cours de ses entretiens, beaucoup de réceptivité chez les autorités haïtiennes. Il a insisté sur la nécessité de ne pas confondre les agissements du "groupuscule des protestataires avec le sentiment général du peuple haïtien".

A son retour d’un périple de six jours qui l’a conduit successivement en Haïti, au Mexique et en Floride, Leonel Fernàndez a été accueilli par son vice-président Rafael Albuquerque.

Le premier mandataire dominicain avait, avant de laisser les Etats-Unis, ordonné à sa formation politique, le Parti de la Libération Dominicaine (PLD), d’abandonner son projet d’accueil triomphal à l’aéroport Las Américas afin de ne pas envenimer davantage les relations déjà difficiles entre haïtiens et dominicains. "Le Président ne veut pas de manifestations qui peuvent être mésinterprétées et engendrer des violences contre les citoyens haïtiens" avait prévenu dès vendredi soir le porte-parole de la Présidence dominicaine Rafael Nùñez. "Il ne veut pas de ce type d’accueil et ainsi il a communiqué à la direction du PLD son ordre de suspension des manifestations de masse prévues" avait ajouté le porte-parole, précisant que seuls des membres du comité politique du parti seraient autorisés à se rendre à la base aérienne.

Le dirigeant dominicain avait indiqué vouloir "éviter de jeter de l’huile sur le feu, d’exacerber les passions et de réveiller des sentiments anti-haïtiens" et n’avait pas hésité à manifester son total désaccord avec Danilo Medina, ministre de la Présidence et haut dirigeant du Parti de la Libération Dominicaine, qui avait projeté de convoquer des manifestations de masse samedi à Santo Domingo.

Medina qui avait estimé que les "manifsetants de Port-au-Prince ne s’en étaient pas pris seulement à Leonel Fernàndez, mais également à la République Dominicaine" voulait, de toute évidence, lancer une mise en garde aux haïtiens à travers une démonstration de liesse populaire en faveur du chef de l’Etat.

Les dirigeants dominicains, encore sous le choc de cette "révolte populaire" contre la visite de Fernàndez, n’arrivent toujours pas à digérer un tel affront malgré les "excuses officielles" du gouvernement haïtien. L’ambassadeur de la république voisine à Port-au-Prince, José Serulle Ramia, a indiqué, dans une interview à l’agence en ligne dominicaine Clavedigital que "les manifestants avaient été payés" sans toutefois identifier la provenance des fonds qui auraient été mobilisés en la circonstance. Le diplomate qui venait de recevoir la visite du nouvel ambassadeur désigné d’Haïti en République Dominicaine, le duvaliériste Fritz Cinéas, a également révélé avoir échangé des informations avec des responsables de la mission onusienne (MINUSTAH) qui ont ouvert une enquête sur la "journée anti-Fernàndez".