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Six mois après les cyclones et tempêtes qui ont frappé Haïti, l'eau potable reste dans la ville des Gonaïves un bien rare et précieux fourni par des opérateurs publics et privés alors que les Haïtiens les plus démunis ne peuvent payer cette denrée vitale.
Marchandise ou bien social, aux Gonaïves le statut de l'eau fait débat

18 mars 2009           
                                 

GONAIVES (Haïti), 18 mars 2009 (AFP) - Six mois après les cyclones et tempêtes qui ont frappé Haïti, l'eau potable reste dans la ville des Gonaïves un bien rare et précieux fourni par des opérateurs publics et privés alors que les Haïtiens les plus démunis ne peuvent payer cette denrée vitale.

Les catastrophes naturelles de l'été 2008 avaient totalement détruit dans la ville le faible réseau du Service national de l'eau potable (Snep), fonctionnant essentiellement par kiosques-fontaines où l'eau est payante, ainsi que les puits des particuliers, bouchés par des tonnes de boue.

Ainsi, pendant plusieurs mois, la population a été ravitaillée par des camions citernes des ONG ou des agences de l'ONU, ou a dû se résoudre à boire de l'eau impropre à la consommation.

Aujourd'hui, selon Julien Atchadé, chef de l'approche sectorielle eau et assainissement de l'ONU et des ONG aux Gonaïves, "2/5ème de la ville sont approvisionnés par les installations créées ou réhabilitées par notre groupe et environ 25% par le réseau du Snep qui demeure très fragile".

Mais la population, toujours très vulnérable dans le pays le plus pauvre du continent américain (70% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour), frappé en 2008 par la conjonction de crises climatiques, alimentaires et financières, proteste contre le fait qu'on lui fasse payer un bien vital et commun.

"Je n'arrive pas à joindre les deux bouts", explique, en montrant le seau d'eau qu'elle vient d'aller acheter au kiosque local du Snep, Izma Silene, une mère de six enfants vivant dans le quartier de Bienac. "Le prix a doublé depuis le cyclone, c'est 2 gourdes pour un seau (un euro = 50 gourdes), j'ai besoin de venir au moins trois fois par jour et parfois j'investis tout ce que je gagne ou je dois utiliser de l'eau impure avec les risques que cela comporte", assure en créole cette petite commerçante.

"Nous sommes assez étonnés par cette augmentation", s'énerve Mikey Florestal de l'ONG Action contre la Faim (ACF) qui a réhabilité ce kiosque. "La population ne peut pas absorber cela ici, tout le monde est sans travail et s'endette déjà pour pouvoir manger".

"Les fonctionnaires du Snep local décident du prix de l'eau et se paient avec cela", souligne M. Atchadé qui ajoute: "On ne sait pas très bien si la direction à Port-au-Prince est au courant mais le gouvernement doit décider s'il considère l'eau comme un bien social ou une marchandise".

"Le prix est fixé localement avec les gestionnaires des kiosques", se justifie Chedlair Saint-Just, ingénieur résident du Snep aux Gonaïves, précisant que le gérant de la fontaine reçoit 25% des recettes et le Snep 75%. "Nous savons que la population a beaucoup de mal à payer l'eau mais il est normal que le prix ait augmenté car nous avons beaucoup dépensé pour remettre le réseau en route et pour chlorer l'eau et nous ne faisons pas de bénéfices", ajoute-t-il.

Le Snep est autofinancé à 20% et soutenu pour le reste par l'Union européenne jusqu'en 2010. Une réforme gouvernementale du secteur de l'eau votée récemment en Haïti considère l'eau comme un droit qui se paye, reconnaît l'existence des comités locaux gérant les kiosques et les puits collectifs et crée une commission de réclamation, notamment pour les nombreux litiges fonciers.

Mais les insuffisances de la couverture du secteur public obligent de toute façon nombre d'habitants des Gonaïves à acheter l'eau auprès d'opérateurs privés comme Culligan ou Eau miracle, pour des tarifs quatre à cinq fois supérieurs à ceux du Snep et sans garantie de qualité.