11 juillet 2000, Genève, Suisse
Laboratoire de recherches sur le VIH
La XIIIe Conférence internationale sur le sida qui s’est déroulée jusqu'au 14 juillet à Durban en Afrique du Sud a commencé sous de bons auspices.
Quelques jours à peine avant le début de la réunion, des chercheurs américains ont annoncé une avancée significative dans la difficile quête d'un vaccin contre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Comme elle l'explique dans le Journal of Virology du 1er juillet, l'équipe de Kathie Grovit-Ferbas, professeur à l'Université de Californie, à Los Angeles, a fabriqué un virus «mort», capable de provoquer, pour la première fois, une réponse immunitaire complète contre l'envahisseur.
Un vaccin devient efficace lorsqu'il parvient à la fois à persuader le corps de produire des anticorps pour combattre l'infection et à entraîner une réponse cellulaire qui crée l'immunité. Deux conditions que semble remplir le vaccin des Américains dans des conditions de laboratoire. «Jusqu'à maintenant, les nombreux prototypes de vaccins contre le sida n'ont jamais réussi à entraîner la production d'anticorps neutralisants, efficaces contre la progression de l'infection, explique Bernard Hirschel, professeur à la Division des maladies infectieuses de l'Hôpital cantonal universitaire de Genève. Il semble que ce soit le cas cette fois-ci».
La prouesse des chercheurs est d'avoir inactivé le virus – en le chauffant – sans détériorer ses capacités immunogènes. Ils ont réussi à tuer le VIH tout en préservant son enveloppe et, mieux, en mettant à nu des parties de cette dernière qui sont normalement cachées. Ces zones sont celles qui permettent au virus de fusionner avec les globules blancs et de les infecter. Ce sont également elles qui provoquent la production des précieux anticorps neutralisants. Quant à la réaction cellulaire, les chercheurs ne s'y attendaient pas. Machinalement, ils ont effectué un test standard avec du sang prélevé sur des patients infectés depuis longtemps par le VIH. Les cellules sanguines ont réagi au vaccin en sécrétant des interférons gamma, des protéines connues pour protéger contre les infections virales.
«Cela vaut la peine de continuer des recherches avec ce vaccin, poursuit Bernard Hirschel. Mais on est encore loin, très loin d'expérimentations humaines, voire même animales. Le problème avec ce type d'inactivation est que si l'on chauffe trop les virus, ces derniers sont endommagés et produisent un mauvais vaccin. Si on ne chauffe pas assez, on n'est pas tout à fait sûr de les tuer tous. Et dans ce cas, on ne peut évidemment pas se permettre de les injecter à un patient.»