Portrait de la communauté haïtienne de Suisse
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Canton de Genève
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Confédération Suisse
Chathédrale et la rade de Genève
         Ville de Genève

Un défi: rassembler

Un maître-mot: intégration

Un désir : le retour
Horloge Fleurie de Genève

S’intégrer tout en conservant ses racines

Peu nombreuse, mais bien formée et intégrée: tel est le visage de la communauté haïtienne de Suisse. Elle travaille à améliorer l’image d’Haïti et à faire connaître les richesses de ce pays. Entretien avec Justin Benoit, de Genève, président d’Haïti Culture.                          
L’homme que je rencontre dans le hall d’un grand hôtel de Genève personnifie ce qu’il va me confier durant une bonne heure: Justin Benoit est suisse depuis des années; élu municipal, il préside la Commission des naturalisations de la commune de Vandoeuvres (GE) et travaille à l’Etat. Seuls la couleur de sa peau et son accent chantant trahissent ses origines haïtiennes, dont il est fier. Son pays, Justin Benoit ne l’oublie pas puisqu’il préside l’association Haïti Culture, qu’il a fondée à Genève le 23 octobre 1983 avec deux compatriotes.

Opposant politique au régime de Jean-Claude Duvalier, Justin Benoit arrive à Genève au début des années septante. Il intègre alors le Centre haïtien de recherches et de documentation (CHRD), qui rassemble des Haïtiens engagés dans la lutte contre la dictature. Mais l’orientation politique du CHRD empêche nombre de leurs compatriotes résidant en Suisse d’y adhérer par peur de représailles contre les membres de leur famille restés au pays. Soucieux de rassembler la communauté haïtienne, Justin Benoit fonde Haïti Culture, une association «apolitique et axée essentiellement sur la promotion de la culture».


Rassembler

Le Fort-de-Joux - Cliquez pour agrandir Le Fort de Joux
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Haïti Culture, «amicale des Haïtiens et des amis d’Haïti», a pour but premier de «rassembler, par-delà les clivages politiques et confessionnels, l’ensemble des Haïtiens résidant en Suisse». Elle veut renforcer la cohésion de la communauté haïtienne; aider les membres en situation difficile; soutenir des projets d’entraide en faveur des populations nécessiteuses en Haïti; promouvoir la culture haïtienne.
Haïti Culture apporte une aide financière et matérielle aux Haïtiens qui rencontrent des difficultés en Suisse, jeunes et personnes âgées en particulier: une aide financière, matérielle, la recherche d’un emploi ou d’un logement. Le soutien à des projets d’entraide s’est concrétisé ces derniers mois par une initiative de la communauté haïtienne: l’envoi d’un container de médicaments à Gonaïves après le passage du cyclone Jeanne. «L’instabilité politique actuelle et la perte grandissante des valeurs dans la société civile haïtienne empêchent d’entreprendre quoi que ce soit. On n’a aucune assurance que nos dons arrivent aux bénéficiaires. Au plan humanitaire, seules les grandes ONG peuvent encore travailler normalement», relève Justin Benoit.

Haïti Culture s’est aussi donné pour but de promouvoir la culture haïtienne, très riche et trop souvent méconnue. Elle organise pour cela des soirées, des conférences, des débats et des manifestations culturelles ouvertes à tous. Chaque année, les membres rendent hommage à Toussaint Louverture - dont le combat a abouti à l’indépendance d’Haïti et à l’abolition de l’esclavage - par un pèlerinage au Fort de Joux, dans le Jura français: c’est là que Louverture a été incarcéré et est mort.

Autant d’activités qui visent à renforcer la cohésion de la communauté haïtienne de Suisse. Mais, reconnaît mon interlocuteur, «il est très difficile de nous fixer un objectif commun. Les Haïtiens sont peu solidaires. Peut-être est-ce dû au fait que chacun a dû se battre pour avoir une place dans la société suisse et qu’il juge qu’il a fait sa part». Pourtant, certains s’engagent aux plans professionnel et privé pour «mettre enfin en œuvre leurs convictions politiques - en Haïti, sous la dictature, on n’avait pas le choix: se taire ou s’exiler».


Intégration

Les Haïtiens sont très présents dans la vie associative et politique suisse, car bien intégrés - sur les 400 Haïtiens de Genève, 160 sont naturalisés. La communauté haïtienne a sa place dans la société suisse, une place acquise à force de travail et de persévérance. Outre Genève - qui compte la communauté la plus importante - les Haïtiens sont présents dans tous les cantons romands et les grandes villes de Suisse alémanique, Zurich, Bâle et Berne.

Car les débuts, qui remontent aux années septante, ont été modestes: la communauté se composait alors principalement d’étudiants - pour la plupart opposants au régime en place - et de personnel diplomatique. Elle a connu une croissance décisive dans les années quatre-vingts, lorsque les cantons romands, Genève en particulier, ont lancé un programme d’embauche d’infirmières et d’infirmiers haïtiens. Le regroupement familial a élargi la communauté, aujourd’hui très hétéroclite: elle compte notamment des médecins, des avocats, des entrepreneurs, des employés d’Etat et des ouvriers qualifiés. S’ils n’ont pu bénéficier d’une formation dans leur pays, les Haïtiens qui vivent en Suisse l’ont acquise ici: «Notre matière grise est notre seule richesse: car en arrivant ici nous ne possédions rien, nous avons dû faire notre vie en ne comptant que sur nous-mêmes. La formation a été un levier».

Un souci les anime aujourd’hui: donner à leurs enfants, nés en Suisse, les meilleures chances pour l’avenir, mais aussi leur transmettre leur héritage culturel et historique et la fierté d’être haïtiens. «Il est important que la deuxième génération ait le sentiment d’appartenir à une communauté et soit fière de ses racines: c’est une deuxième chance pour Haïti. Mais il reste beaucoup à faire dans une société où les jeunes sont de plus en plus individualistes.»


Le retour

Rentrer en Haïti? La question se posera de plus en plus au sein de Haïti Culture, qui se propose d’aider ceux qui veulent retourner au pays. Pour y vivre leur retraite, mais aussi pour faire profiter Haïti de leurs connaissances et leur expérience: «Nos aînés pourraient être fort utiles dans la formation, relève Justin Benoit, car depuis que François Duvalier (Papa Doc) a chassé les intellectuels du pays, aucun gouvernement n’a vraiment restructuré l’enseignement. La seule formation solide est dispensée par les écoles privées, trop chères pour la majorité de la population».

Quant à l’avenir ici, il se dessine en termes d’intégration et de qualification. Sur la toile de fond des valeurs qui caractérisent le peuple haïtien: sens de l’accueil, politesse, gentillesse, honnêteté. C’est en dosant harmonieusement ces deux réalités que les Haïtiens de Suisse trouveront leur vraie place dans notre société.

Geneviève de Simone-Cornet, rédactrice responsable "Bethléem", le 18 mai 2005
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