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En effet, à part quelques rares moments d’assainissement, de la capitale, les problèmes de fatras avaient toujours dominé la vie urbaine en Haïti. Même s’ils font l’objet de l’attention de nombre d’Haïtiens, les moyens utilisés jusqu’à présent ne permettent pas de les combattre. La question reste toujours posée avec beaucoup d’acuité, les conditions d’insalubrité s’accentueront davantage tant qu’elles ne seront pas prises en charge par l’ensemble des habitants de la capitale.
Croire que le gouvernement actuel allait mettre un terme en 48 heures aux problèmes d’insalubrité de Port-au-Prince, sûrement en référence à ce qui a été fait lors de la première élection d’Aristide au pouvoir en décembre 1990, démontre l’aveuglement des Haïtiens sur la complexité du problème. D’ailleurs, il faut reconnaître que le sursaut de mobilisation spontanée qui avait été enregistré dans ce domaine correspondait certes à une attente réelle de la part des port-au-princiens, mais ne pouvait pas avoir de suite durable dans la réalité du pays.
En effet, la reprise en main de la gestion des déchets par l’administration publique avait vite, mis un terme à ce sursaut. Après seulement quelques mois de l’installation du régime Lavalas au pouvoir, les rues de Port-au-Prince étaient revenues dans leur état antérieur. Les fatras reprennent leur place dans les rues, la population retombe systématiquement dans son réflexe du passé et rentre en rupture avec toute volonté de travail basé sur des intérêts collectifs durables. Elle continue à vivre avec des tas d’ordures à la porte de sa maison, à faire bon ménage avec les fatras accumulés dans les rues et les marchés publics.
Dans sa conférence de presse, le ministre des travaux publics, Jean-Paul Toussaint, a rappelé que « 15 mille mètres cubes de fatras ont été enlevés récemment dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince avec le concours de certaines institutions du secteur privé » mais a reconnu en même temps que ceux-ci continuent de pulluler. Il souligne que son ministère ne sera pas en mesure d’en assurer le suivi avec les faibles moyens dont il dispose. Cela reflète la réalité de fonctionnement des institutions publiques. En effet, la caisse de l’Etat est actuellement vide. Ce n’est un secret pour personne, elle a toujours été pillée à la chute de chaque régime dictatorial.
Toutefois, dans une telle situation, je me demande, quand bien même les marges de manœuvre du gouvernement intérimaire seraient étroites, pourquoi ne procède- t-il pas à une réflexion sur la question d’assainissement durable de la capitale ? Ne pourrait-il pas faire prendre conscience aux pollueurs de la nécessité de participer à l’aménagement sanitaire de Port-au-Prince ?
Connaissant Port-au-Prince et les multiples causes de son insalubrité, je prends pour exemple la forte pression de la population sur les flancs des montagnes environnantes qui provoquent leur dégradation et le rejet des déchets de toutes sortes remplissant rapidement les bouches d’égouts en se débordant dans les rues pour terminer avec les eaux de ruissellement leur parcours dans les demeures de la plupart des port-au-princiens. Je pense qu’à ce niveau, la tâche dépasse de loin la seule volonté de l’Etat, car le phénomène n’épargne aucun individu, ni aucun espace, mais affecte la société entière. Il faudra, certes, recourir, non seulement au civisme de tout un chacun et à des travaux d’aménagement d’envergure, mais avoir surtout le consentement de tous ceux qui seront aussi prêts à respecter même des mesures impopulaires pour enrayer les causes de l’accumulation des déchets dans la capitale.
Vu l’état avancé de dégradation des sites urbains, il revient naturellement à l’Etat la responsabilité de leur restauration car ces sites demeurent parmi les vecteurs les plus importants de pollution par le rejet des déchets dans la capitale.
Il est indispensable de mentionner ici qu’une action gouvernementale réussirait dans le cadre de ramassage des déchets si elle tenait compte de la nécessité de mettre l’accent sur d’autres aspects aussi important du problème. J’aimerais souligner à ce sujet la diversité des actions parallèles à mener dans ce domaine pour lesquelles il est important de se baser sur une stratégie d’assainissement globale de la capitale. La mise en œuvre de cette stratégie implique naturellement la prise en compte d’un programme de gestion participative dans certains domaines clefs tels que le traitement rationnel des déchets ménagers issus de chaque foyer par leurs occupants ainsi que la gestion communale des déchets naturels acheminés dans la capitale. Il s’agit de toutes sortes de produits biodégradables et non dégradables.
En réalité, une telle stratégie ne sera applicable que si elle est soutenue et appropriée dans le cadre d’une parfaite organisation municipale à travers Port-au-Prince. Cela signifie que les municipalités de la capitale auront mis en œuvre les moyens adéquats en vue de rendre la ville accessible à ses habitants, ses visiteurs et aux touristes. Pour atteindre ce niveau, il conviendrait, pour ce qui me concerne, d’avancer ces quelques propositions.
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