Publié le 7 juin 2011

Haïti en proie à la dégradation environnementale

Le niveau de déboisement du territoire est supérieur à 98 %. Cette surexploitation, souligne l’UNESCO, affecte les ressources côtières tant terrestres que marines et menace la survie de la population. L’édition 2011 de la Journée Mondiale de l’Environnement, dont le thème est « Les forêts : la nature à votre service », vient relancer en Haïti le débat autour de l’environnement, une des composantes du développement durable.

Dans un rapport de 2009 paru sous le titre «Haïti : redonner espoir et rétablir la crédibilité », la Banque Mondiale (BM) avait estimé que « les forêts résiduelles couvrent seulement 1 % du territoire », qualifiant de sérieuse et même grave la dégradation de l’environnement en Haïti.

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Les causes, elles, sont nombreuses. Quelque 12 à 30 millions d’arbres sont, en effet, abattus annuellement en Haïti. Ils sont destinés à divers usages, dont la fabrication du charbon, de meubles et la construction d’habitations notamment dans les centres urbains, selon une étude de «The Earth Institute » de l’Université Columbia des Etats Unis publiée en décembre 2010.

L’utilisation répandue du bois de chauffage pour faire la cuisine (80% de la production), le manque de protection et la gestion inadéquate des forêts, les mauvaises pratiques agricoles et l’extrême pauvreté rurale figurent parmi les facteurs favorisant le déboisement.

Port-au-Prince absorbe à elle seule plus de 70% du total de charbon produit à travers le pays, ce qui équivaut à « un peu plus de 7.000 tonnes de charbon de bois par semaine ». Une situation que le Bureau des Mines et de l’Energie attribue à la « forte concentration d’habitants ».

Une étude relative aux ressources côtières d’Haïti réalisée par l’UNESCO en 1998 révèle en outre que la surexploitation des ressources terrestres du pays a provoqué une érosion considérable et une forte sédimentation des bassins-versants et du littoral. Environ « 36 millions de tonnes de terre » s’en vont chaque année à la mer, à défaut d’une végétation adéquate pour retenir les sols, a souligné le directeur départemental de l’Ouest du Ministère de l’Environnement, Ludner Remarais.

Dépourvu d’arbres qui puissent retenir les sols et les eaux, le pays est de plus en plus vulnérable aux sécheresses et aux catastrophes naturelles comme les inondations, glissements de terrain et ouragans qui deviennent alors plus fréquents, note la Banque Mondiale.

Bien qu’ils soient conscients de la problématique de la déforestation qui menace leur survie même, de nombreux Haïtiens ne peuvent s’empêcher de couper les arbres. Ils en dépendent pour assurer leur subsistance.

Toutefois, comme l’a souligné le Secrétaire Général des Nations Unis dans son message à l’occasion de la Journée mondiale de l’Environnent, « nous ne pourrons construire un monde juste et équitable que lorsque nous accorderons un poids égal aux trois composantes du développement durable, à savoir les composantes sociale, économique et environnementale ». Ils sont en effet nombreux les dangers liés à la dégradation de l’environnement : changements climatiques, appauvrissement de la diversité biologique et désertification. Malheureusement, les progrès enregistrés au niveau mondial sont jugés « trop lents ». Aussi, le Ministère haïtien de l’Environnement croit-il nécessaire de faire du reboisement et de la reforestation, « l’affaire de tous ».

Pour un reboisement systématique

Comme le souligne M. Remarais, il faut profiter de l’année 2011, décrétée « Année de la forêt », pour faire de la mise en terre de plantules quelque chose de « systématique ». En d’autres termes, dit-il, cela devrait se faire tout au long de l’année et pas seulement durant les saisons pluvieuses et cycloniques. Les autorités comptent s’appuyer sur les élèves, les étudiants et la PNH pour réhabiliter la couverture végétale du pays, a encore fait valoir le Directeur départemental du Ministère de l’Environnement.

Il est question également d’encourager et de sensibiliser tout un chacun sur la nécessité de s’engager dans la lutte visant à empêcher la poursuite de la dégradation et de l’érosion. Des initiatives ponctuelles allant dans ce sens sont en cours. A titre d’exemple, quelque 200 hectares sont à réhabiliter à Forêt des Pins, dont 100 sur une période d’un an et pour un coût total de 200 mille dollars. Des pépinières sont également en train d’être installées un peu partout dans le pays, a encore indiqué M. Remarais, selon qui des programmes de reboisement sont également prévus dans les camps d’hébergement provisoires.

Toujours selon M. Remarais, les pouvoirs publics sont en train de chercher des financements pour la réalisation de projets à caractère social « susceptibles d’empêcher la poursuite du processus d’abattage d’arbres pour survivre ». Le PNUD et le PAM sont prêts à soutenir des projets de ce type alors que la Banque mondiale a fait de la réduction de la vulnérabilité aux catastrophes, l’un des trois piliers de l’aide qu’elle fournit au pays entre 2009 et 2012.

S’il est vrai que les activités ponctuelles ont certes une certaine importance, il n’en demeure pas moins que, pour inverser la tendance, l’Etat se doit d’avoir une vraie politique environnementale car les problèmes sont nombreux et complexes. Outre le déboisement et les problèmes sociaux en amont qu’il faut combattre, il importe de s’attaquer à la pollution, l’eutrophisation et la surexploitation des ressources. La survie de l’environnement est aussi à ce prix.

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